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Par où commencer, c’est à la fois la question que je me pose en ouvrant ce nouvel article et la question que je me suis posé en voyant le bordel insondable que j’ai étalé dans la maison toute la semaine passée. Donc commençons par le bordel!

Il m’a fallu préparer le sac à dos succinctement car évidemment chaque sac doit faire un poids limité par la compagnie aérienne: le poids en soute est limité à 20kg, le poids du bagage à main à 7kg, le poids du PC à 4kg. Quand mon collègue Bertrand m’a appelé pour me dire qu’il avait de la place libre (en poids ) dans son sac cela m’a permis de penser à ces choses auxquelles j’avais renoncé: un cahier de dessin de voyage, mon livre technique sur la peinture à l’huile, …cependant j’arrive encore à dépasser la limite notamment en ce qui concerne le matériel de photographie et d’informatique.

J’en étais au rangement, la mission: ranger tout le bordel étalé sur le canapé et les deux tables à disposition, le sol et les autres pièces. Car non seulement j’étalais le matériel à emmener mais aussi le linge sale, les cartons à ranger, du matos de bricolage et j’en passe. Au final, après une semaine intense à trouver et peaufiner ce qui devait l’être (je ne vais pas raconter ma vie non plus!) je suis arrivé à boucler le tout à 11H30 ce samedi matin, j’ai même eu le temps de faire la vaisselle passer l’aspirateur, mais pas de passer la serpillère, d’aller déposer ma demande de permis de conduire international à la mairie des fois que cela me soit utile au retour dans un an (…), de laisser l’automobile à Montpellier chez la soeur de Fabienne, de prendre un tram, d’aller récupérer les cartes mémoire de l’appareil photo numérique (ben oui j’y suis passé malgré moi) chez le photographe qui avait oublié de me les donner la veille, de prendre mon billet de train, un sandwich et d’embarquer à l’heure direction Roissy.

Mince j’avais déjà oublié, j’ai aussi réussi à reculer pour changer de direction à un feu et à embarquer une auto a eu la mauvaise idée de se coller derrière moi à l’abri de mes rétros. Le pare-choc un peu naze de l’autre auto s’est un peu détaché dans l’affaire puisque je l’ai accroché comme une remorque avec la boule de ma camionnette; cependant, il n’est pas tombé en breloque et après une mince explication à la dame que je n’avais pas le temps pour un constat, tout ça quoi (« train, Antarctique, Mayotte, garage, adresse, zou » ) mais que je paierai ses frais de garage, je suis reparti au bout de cinq minutes par le bon chemin.

Pour arriver en France, pour ceux qui suivent un peu le fil de l’histoire, il m’a fallu quitter Mayotte jeudi 25 novembre après plus de trois semaines bien au chaud sous les tropiques. Le départ était le matin et après une courte escale à Antananarivo aux alentours de midi, l’avion est reparti, tous pleins faits, vers Paris. Le ciel était très beau, comme j’ai pu choisir ma place, j’étais installé près d’un hublot et j’ai passé presque tout mon temps à observer les nuages vu du dessus. La côte africaine une fois en vue, les cellules orages se notaient ça et là mais l’image la plus impressionnante fut le passage juste au-dessus du Kilimandjaro. Il paraissait si peu couvert de glacier que j’ai d’abord cru que c’était son petit frère, le Mont Meru, situé lui aussi dans le secteur. Mais la morphologie du volcan une fois au-dessus de lui ne permettait plus le doute, le Kili a presque totalement perdu son glacier. Il ne reste ainsi qu’un étroit arc de cercle au sommet, après avoir lu bien des articles annonçant ce phénomène, force est de constater que les précipitations neigeuses ne sont plus suffisantes pour compenser la fonte due à la chaleur.

C’est par exemple ceci qui est étudié au niveau de quelques glaciers alpins: on cherche à connaître l’altitude où commence la zone d’équilibre du glacier. Un glacier accumule de la neige qui se transforme en glace par perte des bulles d’air dans sa partie haute mais cette accumulation de glace de plusieurs centaines de mètres d’épaisseur sur les glaciers alpins, implique une pression énorme sur la couche de glace située en limite avec le sol (la roche).

Cette pression conformément aux lois de la thermodynamique des phases, provoque la fonte de la couche de glace limite qui permet ainsi à l’ensemble du glacier de glisser vers l’aval. Ce même phénomène prévaut sous les patins à glace du patineur, le poids du patineur fait fondre la glace sous le fer et crée une couche d’eau sur laquelle le patin glisse parfaitement (farpaitement!), l’eau liquide regèle aussitôt que le patin n’est plus. La trace blanche de regel est alors visible après son passage.

On remarquera que ce phénomène n’a pas lieu avec les skis car le poids du skieur se réparti alors sur une surface plus grande que son pied et ne provoque une augmentation de pression suffisante à la fonte de la glace. Par contre, la prise de carres à ski, peut impliquer le même processus thermodynamique que le patin à glace. C’est aussi pourquoi les ski ont toujours été farté afin de présenter une surface la plus lisse possible (la moins rugueuse) pour limiter les frottements et permettre un gain de vitesse par gravité…

Notre glacier va donc couler comme un miel déformable le long de la pente. Pour une altitude donnée, la différence entre l’accumulation des précipitations, l’écoulement, l’évaporation, la sublimation et la fonte permettra de savoir si la glace s’accumule, s’équilibre, ou diminue. Cette zone d’équilibre est visible en été par la limite des neiges persistantes, sous cette zone se trouve la zone de transport (où la fonte est peu marquée) et la zone d’ablation (où le phénomène de fonte est prépondérant). Mais tout cela n’est pas si simple que cette description sommaire et modélisée et j’invite le lecteur à chercher sur google « équilibre glaciaire » afin d’en connaître plus sur le sujet.

En Antarctique, les glaciers font parfois des milliers de kilomètres de long et libèrent à la mer une glace qui peut avoir des centaines de milliers d’années, cependant la plasticité de la glace à ces échelles de grandeur ne permettent pas d’avoir sur la côte des échantillonnages homogènes et significatifs du climat (les couches se déforment voir se chevauchent au cours du parcours et changent aussi de composition), c’est pourquoi des carottages sont effectués là où la glace s’accumule sans subir de transport notable: sur les dômes de l’inlandis (calotte glaciaire sur un continent) tel celui de Concordia-dôme C qui a permis d’effectuer le carottage ayant permis de remonter le plus loin et le plus finement (unité de temps et composition de l’atmosphère) dans le climat passé. Le programme EPICA de dôme C a permis d’accumuler, en connaissance,  740000 ans d’archives climatiques.

En passant au-dessus de cette montagne majestueuse, je pensais bien sûr aux images que Fabienne et ses parents ont pu voir depuis le sommet il y a trois ans, l’ambiance si particulière de l’altitude, le panorama, la vie sauvage des plaines alentours… tout cela n’étant finalement qu’une parcelle du bouillon de la vie terrestre, une parcelle certes, mais ô combien admirable.

La suite du voyage s’est déroulé sous un ciel moins nuageux mais ..dans le noir puisque la nuit a fait son oeuvre quotidienne.

Je suis donc arrivé à Orly le soir tard et comme je devais reprendre un vol pour Toulouse tôt le matin, je n’ai pas souhaité prendre un logement qui me paraissait inutile pour passer quelques heures à attendre. Je me suis donc posé sur un siège de l’aéroport et malgré le froid saisissant pour un débarqué tropical, les deux ou trois fois 15 minutes de sommeil m’ont rendu en bonne forme. J’ai ainsi parcouru de long en large les halls de l’aéroport pour me réchauffer les pieds dès trois heures et j’arrivais à Toulouse dès huit heures le matin.

Mon cher ami Bruno (l’ingénieur…décrit sur un autre blog) devait venir me chercher mais un sms m’indiqua qu’il n’avait pas entendu le réveil. Les informaticiens c’est bien mais les informés du tympan c’est mieux.

Après une soirée d’adieu au sieur en question dans un lieu sympathique de Toulouse, une fraîche nuit dans la voiture à Toulouse (puisque je n’y ai plus de logement évidemment), je suis resté l’après-midi du samedi afin de récupérer les plan-films, pour la chambre photographique grand format, commandés auprès du photographe de Signes des temps. Seulement un malentendu a voulu qu’il n’avait pas fait suivre la commande désignée, je ne lui en veux pas car c’est un commerçant sympathique prêt à arranger les problèmes et à faire au mieux pour ses clients photographes.

Le fait est que je suis resté ce samedi sur place pour quelque chose que finalement je n’ai pas eu. Sachant que mon colis de films argentiques n’est pas certain d’arriver à DDU (cf. article précédent) je me pose des questions sur le travail que je vais réellement faire en moyen et grand format en Terre Adélie!!!

Pour l’heure je suis dans l’hôtel que je partage avec Bertrand, bon pour les nouveaux Bertrand c’est un collègue météo qui va partager mon quotidien professionnel durant un an à la station météo, mais nous ne serons pas seuls puisque Arnaud, le chef météo, nous tiendra aussi compagnie. L’équipe semble bien équilibrée entre un chef bigrement efficace (sur son vélo), un technicien qui semble d’un sérieux exemplaire (avec ses puzzles) et l’autre qui… bah …qui fait de la peinture…parce qu’il se sent d’un seul coup illuminé tel Don Quichotte devant les moulins à l’huile;

non mais bon je prendrais ma part du gâteau bien évidemment. Cela sera conté quand je serais sur place.

Pour l’instant, je ne réalise pas vraiment où je vais tellement le train, le bus, l’hôtel, le monde franco-français est connu, archivé et d’une tristesse à faire pâlir un ours blanc avec un nez de clown. Les gens sont tristes et c’est bien triste.

Ouaip, l’effervescence logistique de ces derniers temps ne m’a pas vraiment permis de me confondre en questions existentielles, de réfléchir à la suite d’un point de vue philosophique ni même de faire du yoga depuis deux semaines. Je me sens rouillé, avec la sensation d’avoir perdu une partie de moi-même à force d’être dans le matériel depuis finalement des semaines.

Et ce n’est pas ces quelques heures dans le train aujourd’hui à écrire sans réelle concentration mon récit d’hivernage (différent de ce journal d’hivernage) qui m’a donné la sensation de me retrouver surtout après avoir mangé un sandwich insipide à un prix exorbitant.

Je suppose que beaucoup ont déjà lâché ce fil qui doit paraître bien long mais comme en ce moment je dors bien mais peu, 5 h en général, je ne souhaite pas me coucher trop tôt et puis je ne suis pas prêt d’avoir internet alors j’en profite d’ailleurs il me reste mon tampon personnel à mettre en ligne, à défaut d’avoir eu le temps de le poser à la fabrication. J’écris ce soir certainement pour ne rien dire mais le rien est-il existant? Le silence est d’or alors sans doute cette prose inutile ressemble à une gadoue de mots plus qu’à une sainte écriture.

Demain est un jour nouveau et l’inspiration reviendra peut-être…?

Avant de terminer, je fais un coucou à tout le monde, même ceux qui ne connaissent pas ce blog comme ça j’ai de l’avance pour contrer le retard que j’accumule depuis des semaines et un autre coucou pour répondre ici même, d’un bloc, aux messages, coups de fil, témoignages, que j’ai reçus tout récemment.

la Poste: récits d’avant-départ

Paris, 30 octobre 2010:

Moi:  » Bonjour, je viens pour envoyer un colis en outremer, dans les TAAF au tarif économique s’il vous plaît »

Lui: « bjou, QUOI,  j’ai pas compris! »

Moi:  » Voici le colis que je veux envoyer en Terre Adélie, en Antarctique, au tarif économique outremer 2, s’il vous plaît! »

Lui:  » à la Réunion? »

Moi « Comment? Non, pas du tout, ça passe par la Tasmanie, par Hobart la capitale, le courrier part via l’aéroport d’Orly en direction de la Tasmanie pour aller ensuite en Antarctique ».

Lui, ne comprenant toujours pas:  » en Calédonie? »

Moi, entamant un rire d’incrédulité:  » Bon, Ce colis va en Terre Adélie, qui fait partie des TAAF, Terres Australes et Antarctiques Françaises; le tarif est le même que pour la Polynésie, OM2 économique »

Lui: « Tahiti?

Moi:  » Regarder dans vos documents officiel, il y a un tarif  d’envoi de colis économique outremer »

Lui:  » c’est pas possible! ça n’existe plus! »

Moi:  » Euh, vous rigolez ou non? Le tarif économique est inscrit dans le « livret de la poste » page…rubrique…je vais la retrouver dans mon carnet…voilà! »

Lui:  » Non, c’est arrêté depuis le mois de juin! »

Moi: « j’ai envoyé hier un colis dans un bureau de poste à côté d’ici, à Paris,  à ce tarif pour cette même destination!!!! »

Lui, pris au fait: « ah! », quitte sa chaise et part, il revient avec un document classique » Chronopost outremer … ».

Moi:  » C’est un Chronopost que vous m’avez donné, c’est le tarif économique que je veux! »

Lui, parti puis revenant, me donnant négligemment le document « Tarif économique outreme 2 », remplissez ça!

Moi: « merciiiii! »

Lui:  » mettez dessus pour coller le papier! »

Moi: » ??? »

Le temps de remplir le document, il s’affaire avec les autres clients.

Moi, mon tour venant: » tenez »

Lui:  » donnez-moi le colis »

moi, doutant du conseil précédent :  » Voilà, dois-je coller le papier dessus? »

lui: » non faut pas coller »

Moi « OK »

Lui, quitte le pupitre et s’en va peser le colis, il revient:  » 15, 480kg, ça fait 178€ »

moi: « Pardon, c’est bien le tarif économique? »

lui, vérifiant: « oui, … »

Moi:  » attendez, les paliers de tarifs sont à 10 -15 – 20 kg c’est ça? »

Lui, absorbé par l’écran:  » oui, 15kg c’est 178€ (et des poussières) »

Moi:  » Si je suis sous les 15Kg, ça fera combien? »

Lui:  » 135€ »

Moi: « je vais reprendre le colis et retirer 500g »

Lui, absent:  » Je n’ai pas de scotch! »

Moi:  » pas de problème, j’ai un rouleau dans mon sac!

Lui, déçu: « Voilà »

Moi, sortant mon couteau et découpant soigneusement  l’adhésif disposé sur l’emballage cartonné trouvé à côté d’une poubelle parisienne » ziiip, cuiiic, scratchh »

Je retire les 500g de gingembre confit, le corps bien placé thermiquement parlant malgré le froid qui règne sur la ville en cette fin d’octobre 2010.

Je refais l’emballage, complète la déclaration du contenu pour les douanes: 15 tablettes de chocolat, 5 livres, 500g de gingembre séché, 2kg de thé, gâteaux secs, peinture acrylique artistique… » et donne le colis:  » Tenez »

Lui, repart peser et s’affaire à remplir deux cases de la paperasse.

 » faut pas mettre ça », à propos de la fin de l’adresse du destinataire via Orly C.T.C.O.M

Moi: « C’est l’adresse exacte, retranscrite telle quelle, qui fonctionne depuis des années! L’institut polaire  la fournit et l’utilise sans problème »

Lui « c’est pas bon, faut pas mettre ça! »

moi, têtu,  continue à compléter le second bordereau puisque le poids a été modifié entre-temps.

Lui, prenant le colis, y colle le bordereau, puis pose le tout un peu plus loin à même le sol, il revient: « ça vous fait 135€ »

Moi: « Je peux payer par carte? »

Lui: « oui », il quémande alors son voisin et collègue pour lui emprunter la boite noire avec les touches chiffrées.

« Moi: Tuuu, tuuttt, tuut, tut,….tutth, tenez »

Lui, me donne alors le récépissé d’envoi.

Moi: « merci monsieur, au revoir: »

Lui: « … »

Moi, sortant du bureau de poste: « pfff, bon j’ai passé la journée à préparer ce colis, me voilà enfin libre, quelle heure est-il? 15h30, je vais penser à manger un peu…ahh Paris… »

Après, direction Beaubourg, « zut où suis-je? »

Je zieute les plans disposés dans un coin de rue, au bout de 2 minutes à regarder les noms des rues du croisement, mon plan de métro et le plan/panneau vouzettezissi:  » pas bien net ce plan, il y a des erreurs! »

un passant, l’instant d’après: « il y a des erreurs sur le plan, attention! »

 » oui , merciii…, c’est gentil »

il aurait pu me dire où on était….même si j’avais finalement trouvé.

Mayotte, 23  novembre 2010:

Moi, après 3/4h d’attente parmi des têtes transpirantes et exaspérées: « je viens chercher le colis dont le contenu déclaré n’est pas le bon, le fournisseur s’est trompé, voici la bonne facture », persuadé étais-je de reçevoir autre chose que le contenu déclaré par le fournisseur.

Lui, regardant le document des taxes en douanes et la facture que je lui remets:  » ca vient d’où cette somme? »

Moi:  » c’est le founisseur qui s’est trompé avec un autre achat effectué le même jour et que j’ai envoyé ailleurs »

Lui, part alors chercher le colis

Moi, persuadé de recevoir les tirages photo payéau labo parisien fin octobre pour une somme bien plus modeste que celle déclarée sur ce colis, » bon ça va s’arranger ».

Lui, revenant avec une gros carton au lieu d’un carton plat:  » passez à côté »

Moi: « c’est quoi ce carton? »

A lal umière du qui de dépôt des colis, je vois mon carton envoyé, la veille du récit précédent, via la poste à destination de DUMONT d’URVILLE:  » qu’est ce que c’est que ce binz? »

 » ce colis doit aller en Antarctioque il n’a rien à faire à Mayotte, c’est moi qui l’ai envoyé, mon adresse est Mayotte, bien que je l’ai envoyé de Paris et le destinataire est en Terre Adélie, dans les TAAF, c’est écrit desssus, pourquoi le destinataire a-t-il été barré? »

Lui « ??? »

Moi: « ce colis doit aller en terre Adélie, il n’a rien à faire à l’adresse de l’envoyeur »

Lui « c’et quoi la facture dedans? »

moi:  » c’est la facture corespondant au contenu, c’est moi qui l’ai mise avec,  pour les douanes australiennes! »

…etc

je téléphone demain matin au service conso…comme si j’avais que ça à faire en ce moment…

précision: ce sont mes pellicules photos qui font le tour de la planète inutilement qui sont dans ce colis; bien au chaud à Mayotte, c’est extra pour les films photosensibles!

Voilà et je n’ai pas développé le colis envoyé par Fabienne, contenant ma carte SNCF famille nombreuse et que je n’ai pas pu prendre à Laroque et qui n’est toujours pas retournée à Mayotte depuis deux mois qu’il a été posté…la réclamation est en cours et dans ce cas les délais c’est comme pour la justice…faut pas être pressé.

Départ de Roissy ce 5 décembre 2010

Je partirai samedi après-midi en train depuis Montpellier pour Roissy.

La date confirmé du départ est ce dimanche 5 décembre 2010 à 13H05 à Roissy, l’avion arrivera le lendemain matin 7h locale à Hong-Kong (Chine), puis décollage dans la journée pour Sydney (Australie), l’arrivée à Hobart ( Tasmanie) étant prévue le 7.

L’astrolabe, ci-dessous prendra ensuite le relais pour rejoindre la Terre Adélie.

Il me reste encorepas mal de choses à faire en ce mecredi 1 décembre jusqu’à samedi donc je ne vais pas être long.

Dans informations pratiques il y a l’adresse email que j’aurais à DDU ainsi que l’adresse postale, ceci en passant pour Anne (coucou) et les autres (re-coucou) qui trouvent ce blog labyrintique.

Je n’arrive toujours pas à me procurer un appareil photo numérique, il me reste trois jours pour me décider, j’ai beau les considérer tous, aucun ne me satisfait, franchement quelle pitié comme dirait le frangin.

Mon collègue Bertrand me propose quelque place de libre dans le poids de ses bagages, ça tombe bien car j’avais oublié de mettre mes slips, un pull, du dentifrice, des … , et encore des trucs. Des fois je me demande où je vais bientôt pour emmener tout ça! Comme le faisait remarquer François Gourand que l’on ne présente plus (cf. liens) dans son blog, on amène des tas de choses qui finalement ne servent pas.

Je ne me sens déjà plus ici malgré que je ne me sente pas encore là-bas non plus, alors où suis-je?

Bonne question, on se donne rendez-vous dans 13 mois et on en reparle.

« Douce chaleur » mahoraise.

Avec tous ces messages chaleureux, je vais pouvoir sortir nu dans l’hiver adélien sans subir les effets du froid, à moins que la technique du toumo prenne le relais: « Apportez un linge mouillé, s’il vous plaît Maître, que je m’en drape le dos afin de le sécher illico en cette nuit d’hiver polaire. »

Pluie de printemps sur Mamoudzou

La chaleur intérieure peut revêtir une forme philosophique ou spirituelle dans le toumo par exemple, cependant la plus tenace est sans doute celle qui provient de l’affection que l’on reçoit de ceux qu’on aime. La transmission de la technique dixit, de maître à disciple, serait-elle du même ordre? Le toumo ne serait alors qu’une simple connexion?

Sans doute pas selon Alexandra David-Neel mais d’autres expériences de son vivant pourraient non pas contredire cette thèse mais la compléter de son anti-thèse; seul l’apprentissage pourrait permettre de comprendre et conclure quant à l’objectivité de la technique et/ou de son rapport à la relation humaine, à la transmission de cœur à cœur ou d’âme à âme (c’est pas japonais ).

YA

La vie mahoraise ces temps-ci ne m’est point souffreteuse, le climat y est moins chaud que l’an dernier (ce qui change vraiment le regard porté sur cette île), de plus je sais que je ne vais pas subir la période la plus chaude (décembre /mars) cette année et sachant que le froid prochain rencontré au coeur de l’hiver adélien me donnera certainement des envies de baignade à 35°C dans un lagon coloré de poissons guillerets, j’essaye de ressentir au mieux les effets de cette chaleur pour m’en imprégner l’esprit lorsque j’en aurais un besoin futur.

Sans avoir peur d’insister, le vent est présent chaque jour de ce mois de novembre à Mayotte, ce qui n’est pas habituel et le palier de chaud n’est venu que depuis une semaine car nous sommes passés de 29°C à 32°C, la sensation est immédiate, on a l’impression d’avoir pris 10°C dans le nez. Et un coup de chaud sur le nez, ça pique!

Quelque part, je perçois que le corps modifie son équilibre pour s’adapter à la chaleur excessive mais ce n’est qu’au bout de deux ans que j’en ressens les effets (on devient frileux même ici!) et j’ai fait des séjours prolongés au frais entre-temps ce qui m’a permis d’amoindrir l’effet cumulatif de la chaleur.

!

J’ai loué un film d’animation pour les enfants il y a deux semaines; quelque part même si j’ai eu peur qu’il soit vraiment nul vu le résumé de l’histoire, je l’ai aussi emprunté pour ma culture personnelle, tant qu’à faire. Happy feet raconte l’histoire d’un jeune manchot empereur à la voie éraillée qui va aider son peuple à retrouver son équilibre alimentaire et social. Cela reste un film pour les enfants mais je reste confondu de rire à voir la trogne débonnaire des poussins manchots, comme dirait petit mimi (l’autre)  » ils sont tout mignons ».

Je continue la remise en forme générale avant le départ entre nage, yoga et danse.

J’ai trouvé un bon livre d’un philosophe allemand: l’art d’être. Vaste programme.

Le départ est décalé de quelques jours puisque les dernières nouvelles en provenance de l’IPEV prévoit un décollage de Paris le 6 décembre au lieu du 1er.

L’Astrolabe, devrait appareiller le 9 décembre de Hobart, ce qui mènera une grande partie de la TA61 à poser les pieds sur l’île des Pétrels entre le 15 et le 20 décembre.

Le port de Mamoudzou, la nuit.

 

 

 

 

 

Départ prévu le 1 décembre

Le départ vers Dumont D’Urville est prévu, pour le moment au 1 décembre à Paris. Le transit se fait en avion via Hong-Kong (Chine), Sydney (Australie), puis Hobart en Tasmanie. De là le bateau l’Astrolabe, propriété d’un armateur australien, est affrété par l’IPEV durant 5 mois pour la campagne d’été en Terre Adélie. Le départ de l’Astrolabe est fixé au 3 décembre 2010 ,au soir ou le 4 décembre au matin.

La traversée, plein sud, de l’océan Antarctique sur 2700km dure au minimum 5 jours et peut aller jusqu’à 10 ou 12 jours en cas de mer très agitée.

A ce propos, le navire l’Astrolabe est un ancien remorqueur qui a été renforcé pour faire office de brise-glace et aménagé  comme il faut pour le transport de fret spécifique à la Terre Adélie et pour certains besoins scientifiques en océanologie.

Ce faisant, ce bateau ne possède pas de stabilisateur anti-roulis et n’a pas de quille, sa coque ressemble certainement plus pour la forme à celle d’une noix de coco qu’à celle d’un paquebot de croisière, je veux dire par là que ce navire est assez réputé pour son instabilité en mer et heureusement pour sa capacité aussi à rester sur l’eau quel que soit l’angle de roulis ou de tangage qu’il prend, ce qui n’est pas incompatible. Je rajoute cela pour rassurer la foule en délire qui commençait à huer aux fenêtres de son inquiétude soudainement exacerbée.

Tout cela pour arriver à dire que l’Astrolabe est surnommé « le Gastrolable » dans les milieux autorisés ce qui promet de bons moments près des toilettes et lavabos pendant la traversée, avis aux amateurs…

Je vais déposer un grain de sable en haut d’un cocotier, cela rendra peut-être l’océan calme et serein, c’est une vielle coutume locale.

Ce bateau, je le trouve joli, mais nul doute que je ne suis pas du tout objectif, avec son gros nez rond il déplaît certainement à certains mais j’aime bien ses couleurs, ses antennes légères, sa croupe dégagée.  Un joli navire comme ceux que je voyais parfois, étant enfant. Des pétroliers, méthaniers, remorqueurs, dragueurs, goélettes, barquettes, paquebots ou petits chalutiers passaient l’estuaire de la Loire et tout en  jouant sur la plage des Sylphes à faire des châteaux de sable, j’imaginais aussi partir sur un navire à la rencontre d’autres continents avec pour compagnie mes amis les mouettes et autres goélands.

Très tôt j’ai pris le bateau, à l’époque où j’avais moins de cinq ans, il n’existait pas de pont reliant Saint-Brevin-Les-Pins au sud et la ville de Saint-Nazaire, un bac aux nombreuses navettes quotidiennes permettaient de relier le sud de l’estuaire à son nord et réciproquement. Je me rappelle lors d’une traversée d’un gars travaillant sur le bac, qui pour me faire rire ou je ne sais pas quoi m’avait pris par les pieds et suspendu quelques secondes au bout de ses bras au-dessus de l’eau durant une traversée. Attitude complètement insensée de la part du marin, s’il en est, que nous avons d’ailleurs vu aussi devant une foule en liesse par un personnage bien connu; cependant le seul hic de cette histoire personnelle est que je ne sais pas, plus vraiment , à présent s’il s’agit d’un vrai souvenir vécu ou du souvenir d’un rêve!

Peut-être que ceci m’a valu ensuite d’avoir peur de l’eau et de nager comme un zébu dans des sables mouvants… y’a t-il un psy dans la salle pour confirmer?

Habituellement, je regardais le mouvement des vagues, les tourbillons crées par les piliers du pont en construction ou je ne sais quoi d’autre, et j’avais l’impression d’un monde immense qui allait m’engloutir et qui m’attirait malgré tout, les mouvements des vagues devenaient encore plus impressionants. Tout comme en montagne, le vide et les pentes abruptes semblaient me happer et me faire tourbillonner l’esprit, la peur pouvant engendrer le processus de la propre destruction de ce qui lui permettait de subsister.

L’humain, par le phénomène psychologique de peur, peut parfois se paralyser au point de subvenir à son ultime destin.

La peur est un acte de survie et en ce sens si celui-ci engendre le trouble plutôt que l’efficacité, la peur peut devenir un élément discriminant des individus aptes ou non à survivre. Au regard des théories évolutives, la peur sélectionne …les plus aptes à la rendre utile à eux-mêmes ou à la communauté. Pas étonnant sachant cela que le XXIeme siècle est celui des grandes peurs: nucléaire, bombes atomiques, guerres mondiales, dictatures, déclin de l’humanité! Allez zou ce parallèle tragico-comique peut certes se placer comme une bulle de vide dans l’univers mousseux de la science mais je reste sur mes gardes, des fois que le FBI enquêtasse sur moi. Bon personne derriè….re, pas de margouillats avec une caméra miniature dans ses o….celles, pas de mouche  es…pion, je continue…

Ces jours-ci, je suis à Mayotte, je réitère quelques mots sur mes derniers mois pour les retardataires ou les tous nouveaux: mi-juillet, retour en métropole, fin-août reprise de mon activité météo à Toulouse afin de suivre les stages préparatoires au poste en Terre Adélie. Fin octobre, quelques congés à Mayotte jusqu’à l’anniversaire de « petit Mimi » (l’autre « petit Mimi », Véro, la deuxième version donc, plus moderne et plus costaud que l’ancienne).

J’ai entendu ce soir sur France-Inter un point de vue  qui m’a donné une belle idée pour dans quelques années, ben non je ne le dirai pas car je suis réservé tout à coup, sans jeu de mot…ou presque, enfin bref. Je l’ écris ici sous forme codée, des fois que j’oublierais cela à mon retour.

Je souhaitais rester neutre sur ce blog concernant la vie de nos sociétés mais je sens que ça ne va pas être facile, vivement que je côtoie les manchots ça m’amènera à causer, j’espère, sans effets de manches inutiles…

Glop glop, en clin d’oeil à Daniel à la F002…

Stage ozone à l’Observatoire de Haute-Provence

Les météo ainsi que Guillaume ont eu l’honneur de faire un stage à l’OHP, l’Observatoire de Haute-Provence.

Je dis bien un honneur car le site en lui-même vaut le détour puisqu’il est implanté en Provence près de Saint-Michel l’Observatoire.

Chaque matin la vue du lever de soleil sur les collines alpines permettait déjà d’avoir l’esprit de bon aloi.

Observatoire de Haute Provence (photo A. Coupin)

Nous avons pu procéder à un lâcher de ballon-sonde ozone qui consiste à attacher une sonde météo/GPS à une autre sonde de mesure de l’ozone, le tout étant fixé à un ballon gonflé à l’hélium qu’on laisse monter dans l’atmosphère. Le ballon monte ainsi jusqu’à environ 35km et permet la mesure de l’ozone aux altitudes troposphériques (du sol à la tropopause, 12km environ à nos latitudes) et stratosphériques (de la tropopause à la stratopause, de 12 à 50km environ). Les résultats sont visualisés et enregistrés en temps réel par le moyen d’un logiciel du fabriquant de la sonde.

Le ballon ozone s'envole vers son destin...(photo A.C.)

Il a bien fallu se détendre après toutes ces émotions avec un petit croquis sur le vif.

Pépé au dessin (photo A.C.)

Ensuite, afin  de s’étonner un peu, nous avons eu droit à une visite privée de deux télescopes, celui de 120 cm et de 193 cm (c’est le diamètre du miroir de chaque télescope) qui servent actuellement à la recherche d’exo-planètes, en photométrie ou spectrographie. Tout est expliqué sur le site de l’OHP en lien au début de l’article, pour ceux que ça intéresse.

Guillaume, co-hivernant de la TA61 était présent en même temps que nous, les météos, pour un stage technique sur le LIDAR, celui-ci étant un appareil émettant un rayon laser permettant de mesurer la concentration en ozone aux diverses altitudes jusqu’à 100km. Les données ozone par ballon-sonde permettent aussi de câler le LIDAR…ainsi que les satellites de mesure de l’ozone qui scannent eux aussi notre planète.

 

Le laser vertical du LIDAR la nuit. (A.C.)

Les explications techniques sur les différents LIDAR de l’OHP que nous avons eu l’occasion d’avoir furent très intéressantes, la condensation amusante à l’aide du lentille du faisceau laser permet aussi de créer un plasma crépitant et fabuleusement immaculé. La physique est toujours fascinante. Pour rappel, un plasma est un ensemble de noyaux d’atomes et d’électrons, ceux-ci par l’énergie qu’on leur envoie étant totalement dissociés des noyaux, il en résulte un ensemble très énergétique mais local, de noyaux atomiques et d’électrons indépendantset  à haut degré d’énergie.

 

Le petit plasma blanc... (A.C.)

La photo est bien moins spectaculaire que le spectacle réel du plasma, je tiens à le préciser, comme quoi rien ne vaut le présent en temps réel…

 

Je remercie Arnaud d’avoir  élégamment mis ses photos à disposition, en effet toutes les photos de cet articles sont de sa main, et de son oeil…

Ces deux jours à l’OHP étaient bien sympathiques et enrichissants, je tiens à remercier Marion, Guy et Philippe pour leur disponibilité et leur accueil sympathique.

 

Séminaire IPEV

Le temps passe et nous voici déjà au 15 octobre. Cela fait maintenant un mois que le séminaire IPEV a eu lieu.

Chaque année les futurs hivernants des terres australes et antarctiques se rencontrent à l’IPEV, à Plouzané, près de Brest, afin de commencer à se plonger dans l’environnement et le contexte qui sera les leurs pendant plusieurs mois.

Les adéliens ont pu ainsi échanger avec les futurs hivernants de Crozet, Kerguelen ou Amsterdam. Conférences scientifiques et bons repas ont égayé ces 4 jours studieux et sympathiques.

Jean-Paul y a mis du sien, avec sa joie naturelle et, très vite, la timidité sociale s’est rangée dans les ombres du ciel brestois qui, « pour une fois », dixit les bretons locaux, a revêtu ses feux ensoleillés de fin d’été.

 

Voici la photo des hivernants de la TA61

Les 27 hivernants de la TA61 de Dumont D’Urville (photo: IPEV )

Voici les prénoms et fonctions des hivernants de la TA61:

Pour le dernier rang à partir de la gauche:          Justin (mécanicien garage)   , Yannick (cuisinier), Basile (chimiste 414) , Yves-Marie (médecin), Arnaud (Responsable station météo), Jean-marc (Responsable technique), Bertrand (météo), Guillaume (instrumentation Lidar), Xavier (technicien radio), Philippe (Gérant postal), Ronan (informaticien).

Pour le deuxième rang au centre: Françoise (biologiste-ornitho), Victorien (Chaudronnier), Marion (Chef de district), Camille  (biologiste-véto), Valentin (Outilleur), Mickaël (météo, moi-même pour ceux qui n’auraient pas capté!), Coralie (vétérinaire),  Sylvain (Chef mécanicien centrale électrique), Clément (pâtissier-boulanger)

Pour le premier rang à gauche: Bruno (chimiste 414), Sophie (biologiste écologue), Antoine (Aide mécanicien centrale diéseliste), Baptiste (Menuisier), Benoît (Plombier chauffagiste), Romain (electrotechnicien), Victor (Instrumentation 133/139)